Mémoire : naissance de la commission enseignement du GFP par Jean-Pierre Pascault

                MARSEILLE, le Jeudi 17 Nov. 2016

Pour expliquer le sens de cette petite cérémonie j’ai dû piocher dans ma mémoire, et aussi celle de quelques collègues que je remercie au passage.

                         Chère Professeure Marguerite Rinaudo,

                        Chers collègues

Pour moi la commission enseignement du GFP a débuté un soir de Septembre à Mittelvihr en Alsace, pendant le 1er JEPO. Je m’en rappelle fort bien car c’était en 1972, l’année de mon retour de service militaire.

Juste un mot pour expliciter ce qu’étaient les tous premiers JEPO. Comme chacun le sait le GFP a été créé en 1970, initiative d’André Kovacs et avec Georges Champetier comme 1er Pdt. J’avoue ne pas savoir d’où est venue l’idée des JEPO qui étaient réservés aux moins de 40 ans, mais pour des tas de raisons, l’idée était excellente. Ce sont donc retrouvés à Mittelvihr tous les jeunes de l’époque, enseignants et chercheurs et ayant déjà un poste : assistants, maîtres-assistants, MdC (de l’époque) et CR et DR. Bref, revenons à cette soirée enseignement de ce 1er JEPO, animée déjà par Marguerite Rinaudo et au cours de laquelle nous avons parlé évidemment enseignement et échangé nos expériences. A la fin de cette soirée nous voulions poursuivre, et c’est ainsi / en tout cas dans mon souvenir / qu’est née la commission enseignement du GFP.

Les documents officiels rapportent que le 1er Pdt de cette commission fut le Prof. Henri Benoit et que Marguerite n’a été intronisée Pdte qu’en 1975. Mon souvenir est qu’elle a été dès le début l’animatrice, celle qui impulsait les propositions mais aussi les actions, et j’ajouterais ce que chacun devait préparer pour les réunions suivantes.

 Les réunions avaient lieu à la bibliothèque du labo. Lucien Monnerie à l’ESPCI où nous nous retrouvions ~ 3 fois / an. Nous étions en moyenne une dizaine, jeunes collègues de l’époque. Je ne vais pas les citer, la liste se trouve dans les premiers livres du GFP. Nous venions des quelques labos polymères et toutes les disciplines étaient représentées. Pour situer l’époque Lyon-Paris en train prenait ~ 4h, ce qui veut dire qu’il fallait voyager la veille pour la réunion du lendemain 9h.

 Dans ces années-là l’enseignement des polymères était encore peu développé, mais on voyait émerger un peu partout au sein des Universités des enseignements souvent donnés par des collègues non polyméristes ou polyméristes en herbe. Le premier travail de la commission a donc été d’élaborer un programme de 40h dont le but était de définir les connaissances minimum, couvrant toutes les thématiques polymères, que devait avoir tout étudiant sortant de nos Universités et Ecoles d’ Ingénieurs. Et pour illustrer ce programme et renforcer cet enseignement, ont été mis en place les stages pédagogiques. Le 1er stage a eu lieu à côté de Grenoble, le 2nd à Strasbourg et le 3eme à Chantilly ; c’était celui sur la chimie, les 2 premiers étant sur la physico-chimie. Ces stages étaient suivis par ~ 60-70 personnes. Aujourd’hui, personne malheureusement n’a fait le décompte, mais nous avons dépassé la vingtaine. Tous ces stages étaient suivis de livres, les fameux livres d’enseignement du GFP, vendus à prix coutant à des milliers d’exemplaires et dans toute la francophonie. Et c’est là que Marguerite devait être particulièrement persuasive pour récupérer à temps les chapitres et sortir le livre dans des délais raisonnables. Ces livres ont été suivis de livres d’exercices types et d’une bibliothèque de diapositives (et oui, diapos, on n’était pas encore à l’époque des transparents et encore moins de power-point).

             Je peux personnellement témoigner que ces réunions de la commission enseignement et ces stages pédagogiques ont été pour moi un énorme atout pour structurer et renforcer mon enseignement, et j’ajouterais une ouverture d’esprit indispensable vers des disciplines que je ne maitrisais qu’imparfaitement.

             Mais si Marguerite donnait beaucoup de sa personne, elle savait également très bien nous faire travailler. Le programme minimum et les stages pédagogiques étant bien en place, son idée suivante a été la traduction des règles de nomenclature IUPAC. Tout le monde se souvient que polymère est à la fois adjectif et substantif, polymérique est une horreur, initiateur un affreux anglicisme, etc. A chaque fin de réunion nous partions avec un travail de traduction à préparer pour la suivante. J’ai le souvenir de réunions particulièrement animées pour telle ou telle définition, mais là encore je peux témoigner de la richesse, la profondeur des discussions, arbitrées évidemment par Marguerite parce qu’à un moment il fallait trancher et progresser. L’autre idée a été le prix, d’abord de DEA puis de thèse, comme celui qui va être attribué vendredi matin avec comme récompense la série des livres (de plus en plus lourde) plus un chèque.

             Ainsi la commission a poursuivi son activité sous l’impulsion d’une Pdte toujours présente et dynamique. Cette activité a été reconnue par la SCF en 2001 qui a attribué au Prof. Marguerite Rinaudo son prix enseignement trans-divisions. Quelques années plus tard, tout en restant membre actif, Marguerite a passé la présidence à Gérard Froyer, puis Yves Holl en 2005 et c’est Thierry Hamaide qui depuis 2010 poursuit le travail.

            Je voudrais ajouter un mot qui va peut-être surprendre. Le facteur h, ce fameux facteur h qui n’existait pas à notre époque, du Prof. M. Rinaudo est de 50 avec 800-900 citations / an, dont une revue sur le chitosane parue en 2006 qui a déjà 2000 citations, et en 2016 elle est encore co-auteure de 5 papiers. Vous allez peut-être me dire que ça n’a rien à voir avec l’enseignement, et bien pas pour moi. Nous sommes des enseignants-chercheurs et dans notre métier non seulement ces 2 activités s’enrichissent mutuellement mais nous devons aussi à chaque moment trouver un équilibre / un compromis ; et ce que je voulais dire c’est que cet équilibre Madame la Professeure Marguerite Rinaudo l’a placé très très haut.

             Et pour en revenir à un témoignage personnel et à la commission enseignement, non seulement la commission enseignement m’a beaucoup enrichi, mais elle m’a aussi aidé à définir mon propre équilibre. Aussi mon message vers les jeunes collègues : participez, faîtes vivre cette commission, faîtes d’autres propositions comme l’utilisation d’internet qui peut être un outil formidable.

             Et donc pour tout cela, pour toute cette activité, pour avoir été pendant plus de 30 ans LA commission enseignement du GFP, je tenais à témoigner et à vous remercier au nom du GFP et au nom de la commission pour toute cette activité, cet enthousiasme, ces actions qui perdurent et se prolongent aujourd’hui, ce qui est le meilleur gage de réussite. Encore merci et je vais laisser le dernier mot à l’actuel Pdt de la commission enseignement.

Jean-Pierre Pascault
Professeur Emérite INSA-LYON
Rescapé de la 1ere réunion de Sept. 1972
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